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1. Qui est celle-ci qui apparaît comme l’aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil, mais redoutable comme des troupes sous leurs bannières ?

Elle était sur toutes les lèvres chaque dimanche sur le parvis de l'église. Ses escarpins claquant au bout de ses jambes chastement cachées sous une longue robe à pois blancs sur fond bleu foncé annonçaient son arrivée. A peine son ombre rampait sur le sol ou escaladait les murs que les regards se posaient sur elle. 

Ses lèvres fines décorées d’un rouge à lèvre corail léger s’étiraient en un sourire bienveillant et sa main droit gantée d’une fine dentelle blanc crème saluait une partie du village rassemblée à l’appel de Dieu. La bonté innée qui émanait de son être était son armure contre les regards masculins dont la galanterie masquait un désir lubrique, et contre les yeux jaloux de leurs épouses. Des regards voulant à la fois la déshabiller et la rhabiller. La juger comme la désirer. Le tout sans prendre la peine de lui demander. 

Elle ne le savait que trop bien, et elle gardait la tête haute. Parfaitement consciente et confiante de savoir qu’elle n’était pas responsable de leurs pensées.  

 

Dieu l’avait rendue belle, ainsi soit-il. 

 

Derrière ses épaules doublement cachées sous les manches longues de sa robe et un châle assorti à ses gants, les chuchotements venimeux allaient bon train. Et leur présence au sein du temple de Dieu ne les calmait pas. Yeux et langues, mêlés à leurs esprits, étaient davantage obnubilés à déverser leur poison envers cette jeune fille qu’à lire les paroles divines. Même cachées derrière leurs exemplaires du Missel, bon marché ou hérité, les médisances allaient bon train. 

 

Fidèle à sa spiritualité, Apolline, ne leur accordait aucune attention. Ses yeux émeraude étaient tournés vers le jeune Père Salvador. Ce jeune homme aux traits andalous fins, proches de l’adolescent qu’il fut, bien qu’il se rapprochât de la trentaine, prêchait avec une candide dévotion la parole du Seigneur.  Son regard couleur chocolat noir scrutait l’assemblée assise sur les bancs en bois. Ce n’est qu’en croisant celui d’Apolline qu’il se replongea dans les Saintes Ecritures. 

Cette dernière s'était assise au premier rang, droite, comme à son habitude. Placée entre les lumières vives des vitraux traversés par le soleil, et les ombres humaines brûlantes d’envie et de jalousie. Ses mains tenaient un exemplaire du livre Saint dont le code barre discret en bas de la quatrième de couverture affichait le prix en francs. 

Les louanges chantées par le public comme la jeune chorale de l’école communale semblaient vibrer dans tout son corps. Le sacré venait la bénir, une sensation douce et brûlante, caressant ses oreilles, glissant contre le fond de sa gorge comme un souffle divin, à la fois pur et terriblement humain et terrestre. Les prières résonnant contre les épaisses pierres froides comme un écho intemporel, faisant vibrer chaque recoin de la nef, un murmure sacré pénétrant l’air et traversant les âges. L'invitation à l'introspection la poussait plus loin, l'appelant à plonger dans les abysses de son Moi, où les pensées et les désirs se mêlaient dans une danse hypnotique entre sa chair et son âme. 

 

Au moment de la communion, elle se leva pour se mettre dans l’allée centrale. Le soleil caressait son corps à travers les couleurs chatoyantes des vitraux fraichement remis à neuf. Se laissant absorber par la sacralité des ornements, oscillant entre l'exubérance baroque des vitraux et la rigueur janséniste de la croix de bois fixée sous la coupole, elle ne remarquait pas la bataille silencieuse mais virile qui se jouait derrière elle, elle ne remarquait pas la bataille puérilement virile derrière elle. Des hommes de toutes les tranches d’âges, des adolescents dont les hormones fleurissaient autant que les comédons sur leurs joues, aux vétérans des opérations de l’OTAN post-guerre froide, en passant par les époux en pleine crise de la quarantaine, se glissaient dans l’allée avec une discrétion calculée, cherchant à se placer au plus près d’elle. Leur victoire du jour résidait dans l’opportunité d’avoir pénétré son espace intime et d’avoir humé son parfum floral, douce victoire silencieuse. Les mères et les épouses jetaient, à elles seules, des regards à la fois agacés et accusateurs. Mais ces regards n’étaient pas dirigés vers les hommes qui les accompagnaient. Comme à chaque messe, chaque apparition publique, Apolline était la cible, elle seule, de cette haine silencieuse et de cette envie dissimulée. 

 

Bien loin de leurs batailles égotiques, la jeune fille rousse accordait toute son attention au Père Salvador. Ses onyx traversèrent les émeraudes d’Apolline dans un instant rapide suspendu entre la pureté sacrée bafouée de pensées profanes. Un frisson, imperceptible, traversa l’air. Leurs âmes se frôlèrent avant qu’il ne lance à voix basse : 

 

— Le Corps du Christ. 

— Amen. Répondit-elle d’une même voix en tirant doucement sa langue et fermant les yeux. 

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